
Paru chez le label suédois Häpna, Drape Me In Velvet est un album de Musette, avec une majuscule. A l’origine, ce n’étaient, entre les mains de Joel Danell, que de vieilles cassettes audio que l’on datera des années 60. Des mélodies barbe à papa et pomme d’amour, en saveurs madeleine et décorations d’après-midi de fête foraine ou d’heures de fermeture de bal populaire. A cette matière d’archive, Joel Danell ajouta des rayures, des griffures et des désordres. Il y superposa aussi quelques nouvelles bribes instrumentales, principalement rythmiques. La curiosité gentiment anachronique devint de l’easy-listening expérimental, tendrement excentrique et follement touchant. Perdu entre passé et présent.
En voisin de chambrée de Leyland Kirby et de son projet The Caretaker – et après le coup d’essai de Datum (Tona Serenad, 2009), Musette joue avec malice des ressorts du temps, de la mémoire et de l’oubli. Et glisse un poil à gratter sournoisement nostalgique – et parfois sombre (Tempelhof, Horse Thoughts) – dans des inconscients qui n’en demandent souvent pas tant pour se laisser chatouiller du côté solitude, et tout au bout d’un rire jaune, émouvoir.

